Tradition

Tradition de la Fable

Le « Fabuliste » compose des « Fables » !
Jusqu’ici notre ami Lapalisse aurait été d’accord… Mais c’est bien en terminant ses premiers
« Fabliers » que le Fabuliste s’interroge sur la « Tradition de la Fable ».
Il faut être Fabuliste pour comprendre ce questionnement.
Inévitablement il arrive un moment où il ne suffit plus de mettre quelques personnages contraires face à quelques morales mais bien à se pencher sur la nature même de l’Histoire des Fables.

La Fable lie la Vérité et l’Histoire… mais la délie dans le Mythe et le Mensonge !
Et pourquoi ?
Sans doute car elle a pour Tradition, l’Oralité. Et la culture orale est avant tout à son image, faite de romance, de métaphores, de merveilleux, de légendes, d’affabulations, de faits et de rêves.

Pour ce qui est de la structure et de l’origine de la Fable, se référer au dossier : Les Fables.

Mais ce qui nous intéresse ici porte davantage sur la manière d’élaborer les Fables.

  • Tradition contemplative

Plus qu’une tradition, il ne peut avoir de Fable sans contemplation de l’environnement de celui l’élaborant. On ne peut non plus y trouver leur paradoxe moraliste sans une observation attentive de ses personnages, quels qu’ils soient.
Enfin qu’elles témoignent ou non de l’Histoire, des êtres ou des concepts, il faut les avoir étudié et s’en être au moins intéressé faute de s’égarer ou de se tromper lourdement ce qui nuirait aux références du récit et surtout briserait la précieuse cohérence du récit.

  • Tradition des pairs

La Fable est un Art premier, simple et populaire.
A partir de là on peut s’affranchir de son Académie qui d’ailleurs n’existe pas… Mais si le style doit demeuré original, libre et issu de la créativité de chacun, éluder les autres Fabulistes, et surtout nos pairs antiques seraient une erreur. La Fable est née voilà 45 siècles !
L’ignorer serait dés lors au mieux une inculture, au pire une mégalomanie.
Il faut partir du postulat que les thèmes couverts par celles-ci ont tous été traités et explorés, leurs morales et apologues également. Mais il n’est de plagiat à narrer une énième fois les aventures de la Fourmi et de la Cigale, de celles du Loup, du Renard ou du Voleur qui est pris là où il pensait prendre…
… La Nature et ses êtres sont les mêmes depuis toujours et leurs travers avec.
On l’a dit, s’inspirer de notre monde est l’essence du message des Fables et chaque Chêne ou chaque Roseau peuvent être associés de milles manières, cela importe peu. Pour l’essentiel, voici un adage repris à notre cher Claris de Florian :

En poésie, comme à la guerre, ce qu'on prend à ses frères est vol, mais ce qu'on enlève aux étrangers est conquête !

Là encore on l’a dit, la tradition orale est à l’image de celle des Fabulistes. Ils se transmettent leur science depuis l’origine, n’en transformant que le style, la manière, le contexte ou les péripéties. Il n’y à qu’à voir l’effarant exemple de l’outrageant Jean, Jean de la Fontaine… En voilà un qui ne s’est pas privé d’user et d’abuser de cette tradition chez ses pairs, ceci dit en passant !
Mais… Mais on ne trahit pas les siens, ce dont notre cher Jean n’a point fait, faisant éclatant éloge de son maître, Esope.
Une règle qu’aucun Fabuliste désirant faire partie de cette confrérie ne franchirait. Confrérie qui a pour devise, cette maxime :

Il n’y a pas de gloire à mander récompenses pour ses actes mais il y a honneur à les rendre à ceux les ayant accomplis !

  • Tradition de la forme

Une fois ses sujets choisis et ses références établies, le fond, demeure la forme.
Depuis toujours deux écoles se la disputent, celle d’Esope et sa Prose, celle de La Fontaine et ses Rimes. Si on peut, pourquoi pas, mêler les deux, il est difficile de toute façon de trouver une autre forme de rédaction.
Le choix appartient à chacun évidemment.
Il y a toutefois quelques écueils.
Pour la Prose, le genre originel de la Fable, elle semble le style le plus direct, sans contrainte et laissant libre court à l’imagination. Toutefois son secret est dans sa concision car son piège est le Conte, son faux-frère. La Prose demande des phrases percutantes, brèves, et là est toute sa difficulté car sa liberté est plus ardue à dompter, aucun cadre ne la limitant.

Les Fables les plus courtes sont la quintessence de cet art.

Enfin les Fables versifiées doivent évidemment être cohérentes dans leurs Rimes, une évidence.
Mais là ne s’arrête pas ce cadre.
Les vers ne peuvent être que riches et la musique de leur récitation doit outre son harmonie auditive, l’être de sens. Les jeux de mots sont une particularité de ce style dont la structure incite de toute façon à en user.
La taille de la Fable versifiée, tant dans sa longueur que sa largeur doit être mesurée, là aussi pour ne pas devenir une épopée trop lyrique.

Bref, comme on le voit ces deux formes narratives ont leur code et leur défi à relever.
En bon Fabuliste il est intéressant de les explorer, chacune développant et sondant le champ littéraire de leurs auteurs.

  • Tradition du scénario

Comme on l’a souligné la Fable n’a pas de dogme dans sa structure.
Toutefois, c’est un art bien plus complexe qu’il n’y paraît car elle est à la frontière du Conte et de la Poésie. Alors que ce genre soit animalier, qu’elle mette en scène des êtres ou entités, voir même des objets ou des concepts, on attend d’elle d’en retrouver des codes précis.
Il faut annoncer ses acteurs et les mettre en situation.
Le récit se développe en dialogue ou en narration mais linéairement même si des écarts mythologiques ou historiques la ponctuent souvent. Peu à peu son lecteur doit déjà échafauder la chute et donc on ne peut décevoir sa curiosité. L’apologue, la morale ou l’enseignement doit être riche, intéressant, faire réfléchir, amuser aussi ou au moins laisser un sourire et le sentiment qu’une vérité de bon sens s’en dégage.
Ainsi la Fable doit demeurer simple mais ne doit pas non plus être simpliste et toujours apporter connaissances et matière à réflexion.

  • Tradition du Fabuliste

Quand devient-on un Fabuliste ?
Suffit-il d’écrire quelques Fables ? Hum… Peut-être n’appartient-il qu’aux autres Fabulistes et aux lecteurs d’en lui donner le titre.
Toutefois après avoir suivi les quelques traditions citées ci-dessus pourquoi ne pas essayer ?
Commence le travail d’écriture au gré de l’inspiration de chacun. On peut foisonner d’idées, s’apercevoir que notre Fable a déjà été écrite, recommencer, préférer les animaux, s’essayer aux professions et métiers, aux héros historiques, aux époques, aux Eléments… L’imaginaire n’a pas de cadre dans le choix des sujets.
Puis au fil de la création, peut-être une piste.
Il n’est pas un Fabuliste de renom qui n’est buté sur la Fable même, sur sa Tradition, son origine et surtout sur ses géniteurs, la Vérité et le Mensonge. L’Auteur, presque malgré lui, finira par explorer ces thèmes, Sœur et Frère mais faux jumeaux.
Peut-être même que comme ici, il lui viendra l’envie de présenter l’Art de la Fable, d’en faire un essai, d’échafauder définitions et sens.
Sans doute sont-ce là les signes que le Fablier est à même d’être présenté à ses pairs et contemporains.
Aussitôt lui viendra l’envie d’une Fable mettant en scène Jean lui faisant de l’ombre, Jean auquel on le comparera et Jean par rapport à qui le jugeront ses critiques !
Alors, humblement, sans doute celui-là pourra faire partie de la famille des Fabulistes.

Et pourquoi ne pas rejoindre ce site pour s’en montrer digne aux yeux de tous ?
Si ce n’est le seul lieu, cela en est un…

… / …

Val le… Fabuliste ?

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