Première Fable !

La toute Première Fable !
Oui, la toute première osée par l’Auteur de Fables… Née d’une inspiration soudaine ou d’un défi, d’une envie de s’essayer au genre, qu’importe, c’est là le tout premier texte. Dame Fable n’y est jamais insensible et c’est elle qu’il faut alors courtiser.
Esope ou La Fontaine, et tous les autres, chacun a connu ce moment du premier titre, des premiers mots, des premières rimes, du premier adage. Déjà œuvre de génie ou maladroite copie, là n’est pas l’importance, c’est là simplement la mélancolie de cette première entrevue avec Dame Fable, la plus troublante des rencontres littéraires…
… Vous autres, auteurs de Fables, et bien ici à vous de narrer cette première aventure avec la belle Dame et de nous livrer cette Fabuleuse histoire ; sans jugement car c’est en forgeant que l’on devient forgeron !


Nous commençons avec la Fable d'Alain Gautron livrée ici telle qu'elle fut écrite le 24 Août 2009, jugée par l'Auteur comme parfois maladroite avec quelques hiatus et un oubli de moral à la fin… Jugeons ici du contraire !

Le Loup éleveur de moutons


Dans un lointain pays, voyant le temps passer,
On raconte qu’un loup quasiment centenaire,
Tout perclus de douleurs et ne pouvant chasser,
D’un troupeau de moutons devint propriétaire,
Espérant par ce biais assurer ses vieux jours.
Tout alla pour le mieux. Il vendait son fromage
Et la laine à bon prix aux fermes d’alentour,
Ayant pris soin de bien clore les pâturages.
Son peuple était paisible, à son pouvoir soumis.
Mais un jour il advint qu’un bélier de passage
S’arrêta converser avec quelques brebis.
Le loup tout aussitôt mit fin au bavardage,
Mais il était trop tard, le grain était semé !
Dès le matin suivant, les moutons refusèrent
De se rendre au pâtis, au cri de liberté…

On le conçoit, le loup se mit fort en colère.
Cependant face au nombre, il était impuissant,
Aussi lui fallut-il recourir à la ruse :
“Comment manipuler ce grand troupeau bêlant ?
Il faudrait lui donner un sujet qui l’amuse !”
Se dit le vieux grigou. Il trouva et sourit :
Non loin de là vivaient, terreur du voisinage,
Semant crime et larcin, trois de ses vieux amis,
Êtres sans foi ni loi, d’horribles chiens sauvages.
Le loup leur demanda, par une nuit sans lune,
De faire grand carnage, et quand le jour parut,
Dix moutons gisaient morts. “Ô comble d’infortune !”
Bon comédien, le loup sanglotait tant et plus,
Consolant les brebis, en parfait hypocrite.
Il leur promit justice, aide et sécurité…

Les moutons apeurés louèrent son mérite,
Et plus aucun n’osa parler… de liberté !

Fable de Alain Gautron


Première Fable de Pierre Simard, datée du 3 février 2009 que l'auteur juge désormais pauvre de rimes, pour ne pas dire quasi dépourvue, tout autant que de structure et de forme. Cette première fable fut griffonnée en vitesse à l’endos d’un napperon de papier dans un petit bistro du Vieux-Québec « et qui allait réveiller une passion qui ne s’est jamais démentie depuis. Certes, avec le temps cette Fable fut retravaillée, améliorée, dorlotée, mais pour le plaisir de la chose, la voici telle que l'auteur l’avais écrite. Bonne dégustation.

Les deux Chevaux

Deux maîtres avisés et fort habiles
eurent idée d’échanger leurs chevaux,
car pensaient-ils, au delà de ce que l’on veut,
il y a ce que l’on peut.

Le mien ne tire pas assez fort, disait le premier,
Le mien ne court pas assez vite, répondit l’autre palefrenier.

Du cheval de labour, par ailleurs si soumis,
on fit un cheval de carriole,
peu de temps lui fallut, sa ligne s’adoucit
et il prit les pas réguliers que sa tâche commanda.

Quant au cheval de course, nerveux et fougueux,
on en fit un cheval de selle,
peu de temps ne lui fallut non plus pour qu’il use de sa carrure
et qu'il cassa son rythme tout en gagnant en force.

Après bien des lunes, vint un rodéo
au cours duquel, les comparses devinrent des héros,
le premier, trainant la carriole des officiels, entra le premier,
le second, arborant les médailles gagnées, sortit le dernier.

Les maîtres l’avaient compris,
pour aller vite, bien et loin avec sa monture,
il suffit de reconnaître en chacun le talent qu’il a.

Fable de Pierre Simard


Première Fable de Pistil, déjà dans la veine de ce Fabuliste particulièrement particulier ! Ecrite à l'époque de la jeunesse tumultueuse de l'auteur, c'est grâce à celle-ci qu'il s'est découvert un goût pour la représentation scénique poursuivant ensuite avec d'autres parodies du grand maître avant de décider d'écrire ses propres fables… Une passion qui continue plus que jamais maintenant.

Le Punk des villes et le Punk des Champs

il y a un mois, le punk des villes
invita le punk des champs
d'une façon malhabile
à la big teuf du moment.
Dans un squatt près de Paris
La teuf était bien partie
et le taux d'alcoolémie
grimpait chez les deux amis.
La big teuf fût plein d'canettes
rien ne manquait même le vin
mais quelqu'un troubla la fête
pendant qu'ils fumaient un brin.
Derrière la porte de leur cave
un troupeau de keufs surgit
les deux punks ils se la tchavent
ce s'rait con d'finir ainsi.
Les keufs partent, les punks reviennent
le punk des villes est content
la tournée sera la sienne
il restait encore du blanc.
« c'est assez ! Dit le rustique
demain vous viendrez chez moi
dans mes teufs y'a jamais d'flics
car en campagne y'en à pas.
J'aime pas être dérangé
lorsque je suis dans une fête
ça me fait mal digérer
surtout après vingt canettes.

Fable de Pistil


Première Fable de David-Claude, déjà talentueux dans l'écriture et le style. Motivé pour trouver des histoires à narrer à ses filles, voilà comment la belle aventure Fabulaire débuta…

Les Orphelins

(À mes filles, Kath et Stasia)

Il y avait Gratte-nez
Ainsi nommé par son ami
Parce que doigt dans le nez
Est souvent surpris,
Mais toujours il dit :
«Nan, je me gratte le nez !»

Il y avait Entre-fesse
Ainsi nommé par le second
Car la main dans son pantalon
Se gratouillait l’entre fesses,
Puis le doigt reniflait
Et toujours lâchait :
«J’y peux rien l’odeur me plaît.»

L’hiver suivant fut rude
Et nos jeunes évadés de l’orphelinat
Avaient encor la certitude
D’avoir un bout de pain, un reste de repas.
Cependant nous savons que certitude
Ne nourrit pas.

Jours nombreux dura la famine
Et l’un tomba
Mais l’autre pas ;
La suite se devine ?
L’un se nourrit d’une denrée toute personnelle
Que gracieusement son corps donnait à foison,
Tandis que le deuxième, tombé en pâmoison,
Ne put se repaître de son odeur corporelle…

Parfois point ne faut être trop fin gourmet
Car on ne peut se contenter du fumet…

Fable de David Claude


Première Fable de FGC écrite à l'occasion de son arrivée dans le Tarn depuis le Gers.
Un fauteuil d'évêque, en bois tourné et doré avec muffle de Lion aux accoudoirs et blason à la tête du dossier, semblait discourir avec un bidet en céramique. Notre malinf Fabuliste a écouté et ça a donné ça ci-dessous :

Le Trône et le Bidet

Un Trône et un Bidet cheminaient côte à côte
Dans le fourgon bâché d’un collecteur d’antiques.
Trône, dans sa superbe, tenait la dragée haute
A ce siège hygiénique vêtu de céramique.
Lui, était en noyer, et doré à la feuille,
Ses pieds fort bien tournés, aux pattes de griffon,
Soutenaient un dossier hautain, fourré d’orgueil,
Tapissé de damas et marqué d’un blason.
On lisait la devise “Totum est pro nobis”.
Ecrasant de sa morgue le modeste ustensile,
Il narre, au bassin blême, son important office :
-Auprès de plus d’un saint, j’ai su me rendre utile.
Evêques, archevêques, nonces apostoliques
Ont posé leur séant sur mon coussin moelleux.
Mobilier écclésiaste, j’ai tenu les reliques
Et les vêts somptueux de ces hommes de Dieu.
Je connais le brocart, le velours et la soie,
La pompe et l’apparat me sont lots ordinaires.
Puissance, Vertu et Gloire, voilà en quoi j’ai foi !

Puis, daignant se pencher vers l’objet de misère,
S’enquiert de l’origine de la piteuse chose
Qui, tel un nain blafard, va, gisant à ses pieds…


-Moi ?… répond la cuvette, je viens de maison close
Où pendant des années j’ai eu à travailler ;
Une maison honnête, réputée et sérieuse,
Pensionnaires accortes, girondes à l’envi,
Et si je n’ai point eu cette vie fastueuse
Que naguère vous eûtes, je n’aurai nulle envie
De troquer mon passé, même pour mille écus.
Je préfère mon labeur aux ors et aux grands-messes,
Vous supportiez les saints, moi je soutins les culs
Des Ninon, des Louison, ô fesses de déesses ;
Tous ces astres douillets, charnus et gémellaires
Sur mes bras accueillants venaient trouver fraîcheur,
S’abreuvant en riant à l’étang sanitaire,
M’offrant, voluptueux, leurs sublimes rondeurs.”

A l’ouïe de ce discours, le meuble épiscopal,
Effaré au récit d’une vie dissolue,
Rompt sitôt l’entretien. Et quant au bac d’opale,
Chevauchant sa mémoire, il plane dans les nues.


Je n’ai pas de morale à cette courte fable,
Non plus que de maxime à offrir en pitance.
Mais qu’on soit ouvrier ou bien qu’on soit notable,
Une chaise percée, un fauteuil de Byzance,

Il est mille et une raisons de tolérance.

Fable de François Grand-Clément


Première Fable de Val… Et comme nombre des mes pairs contemporains écrite au début de l'année 2009 comme quoi ce fut une grande année Fabulaire !
Bref, tout est venu d'un camarade qui avait écrit quelques Fables comme cela, juste pour l'exercice… Un véritable coup de foudre avec Dame Fable ! Alors pourquoi pas moi ? Pourquoi la Pomme et le Papillon, aucune idée, ou du moins ma première idée, il en faut bien une !
Ecrite d'abord en prose, puis en conte et enfin en rime, l'aventure fabuleuse ainsi démarra :

La Pomme et le Papillon

Une fleur d’essence fruitière
Papillonnait avec un Lépidoptère :
L’union semblait heureuse
Et faisait chez les autres plantes bien des envieuses…
… Mais passa le temps de la floraison ;
Si notre couple avait fait bon ménage
C’était au temps passionné de leur jeune âge
Car autour du bourgeon
Vint pépin, bref une armure,
Rendant notre Papillon tout aussi dur :
« Caches donc ta petite vertu
Désormais défendue ;
Le poison de la trahison
Coule déjà dans les veines du félon ! »
La préférée d’Idunn s’écœure
De cette rancœur
Et leur amour est,
Si l’on peut dire, consommé…
… Pourtant la menace n’est point feinte
Et bien dépeinte
Par l’Insecte, un Carpocapse,
Sa larve jadis pondue s’étant jointe
A la fleur, ainsi ointe,
Tombée si naïvement en collapse ;

Soyez-en donc averti…

Le Ver est dans le Fruit !


Première Fable de Julien Sabban

La Belle et le Bûcheron

Il était une fois dans l’antique Russie
En ces forêts immenses où pousse le sapin,
Un bûcheron joyeux plein d’entrain et de vie,
Qui faisait retentir les bois de ses refrains.

Une fois, chaque mois il allait au village,
Sa cognée sur l’épaule, un sourire au visage
Sur la tête un chapeau qu’il portait de guingois
Et qui virait de bord à la vue d’un minois ;

Car notre bûcheron avait une faiblesse,
Il était amoureux d’une jolie diablesse
Qui se moquait de lui alors que chaque fois
Pour lui faire sa cour il lui donnait son bois.

Le moujik enrageait lorsque sa jouvencelle
Riait de sa folie, et que, sans rien promettre
Elle l’écoutait chanter des airs, des ritournelles,
Et la voix caressante embrasait tout son être

Car elle aimait la voix de cet homme si rude,
Mais elle détestait sans être fille prude,
Le regard qu’il plantait au fond de ses prunelles
Et mettait en défaut ses airs de demoiselle.

Un jour que le galant osa prendre un baiser,
Que rouge de désir il la serait de près
Elle lui décocha une claque maîtresse
Qui le laissa surpris du coup de la drôlesse

A son tour, furieux, il la prit par la taille
Et sans précaution la jetant sur la paille,
Il se mit à chanter un grand air d’opéra
La belle apprivoisée se nicha dans ses bras

Moralité : Le moujik adoucit les mœurs

Fable de Julien Sabban

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