Pétrarque et la Photocopieuse

Pétrarque et la Photocopieuse

Au fond d’une obscure boutique,
Une Photocopieuse antique,
Spécialiste en Droit canonique,
Touchait au funeste séjour
Qui oblige à compter ses jours.
A chaque nouveau tirage,
Elle crachait son encre, en nage,
Et un chapitre du Dalloz
La faisait trembler jusqu’aux os.
D’aussi loin qu’elle reculait,
Sa mémoire ne pullulait
Que des pitoyables misères
Que les humains aiment à se faire :
Procès et chicanes sans fin,
Que grattent greffiers et robins.
Torturée à chaque seconde
Par des rouages vermoulus,
Elle allait quitter ce bas monde
Quand la Beauté lui apparut,
Lisant, pâle comme une Parque,
Des vers sublimes de Pétrarque.
Et de cette lecture pieuse,
Qui lui tirait tant de soupirs,
Elle confia les souvenirs
Aux soins de la Photocopieuse.
Comme à la naissance du jour,
Cette fureur et cette flamme,
Tout ce langage de l’amour,
Dans l’objet engendrent une âme :
En échos à ce bel esprit,
Il chante, il exulte, il gémit,
Conduit au ciel comme au supplice
Par les beautés de Béatrice.
« Ronéo » n’a lu que trois sonnets
Que déjà son heure a sonné ;
Mais si l’être redevint chose,
Il vécut un instant grandiose.
Méfions-nous d’autres esprits secs,
Fils de Thémis et de Gobseck,
Qui méprisent toute leur vie
Les beautés de la Poésie.

A Val, ni fils de Thémis ou de Gobseck, honnête citoyen du pays de l'imaginaire, qui ne se pique de rien, sinon de beauté.

Auteur : Pierre

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