Pataplouf

Pataplouf

Il était une fois… tout au fond du grand bleu
Un petit poisson qui rêvait de voir les cieux.
Non pas parce qu’il s’ennuyait dans l’eau si pure
Mais c’était un poisson très curieux de nature.

Dans sa maison, tous les objets bougeaient beaucoup,
Rythmés par les courants d’eau en jolis « glouglous ».
Le sol était jonché de plein de coquillages,
Les pièces étaient délimitées par les algues.

Evidemment, c’était une maison liquide
Et l’atmosphère y était légère et fluide…
Cela permettait de virevolter sans bruit
Mais on ignorait ce qu’était le jour… la nuit.

Pataplouf avait une très grande famille
Faite de dauphins… baleines… poissons-torpilles.
Il avait surtout un oncle, poisson-conteur
Qui racontait des histoires tout en couleurs.

C’était Exocet, un très beau poisson volant
Qui disait voir dessus l’eau, un monde troublant.
Cet Exocet avait des nageoires immenses
Etrange cadeau survenu à sa naissance.

Pataplouf écoutait Exocet raconter
Comment hors de l’eau, il pouvait se projeter.
Il disait faire des bonds d’au moins deux cents mètres
Et qu’en la matière, lui seul était le maître.

La maman de Pataplouf le trouvait menteur
Et qu’en fait de conteur… c’était un radoteur.
« Tu exagères tout ! Tu dis n’importe quoi !
Mais tais-toi donc ! Comment veux-tu que l’on te croit ?
»

« Pas du tout ! Moi, je dis l’exacte vérité !
Si tu ne me crois pas, viens avec moi sauter ?
Tu verras le bleu du ciel et les blancs nuages…
Toutes les couleurs qui composent le rivage…
La plage est beige claire et puis toute dorée,
On voit des parasols éclatants en été !
C’est un mélange de vert, bleu et orangé…
Les enfants adorent y venir pour jouer !
»

Pataplouf était fasciné de ces couleurs
Qu’Exocet décrivait avec tant de bonheur.
C’est vrai que ces histoires lui tournaient la tête
A en perdre l’appétit devant son assiette.
« Mange ! – Disait sa maman en haussant le ton –
Prends un peu de sédiments… ne sont-ils pas bons ?
»
En fait, Pataplouf avait très faim d’évasion
Et souhaitait élargir son champ de vision…

Il imagina une incroyable aventure
Pour voir les couleurs des plages et de l’azur…
Un soir, il remplit une huître de provisions
Et décida de quitter un peu sa maison.

Bien sûr, cela l’embêtait de laisser son monde
Et de partir voyager dans les eaux profondes…
Mais sa soif d’aventure était si importante
Qu’il ne pouvait plus se satisfaire d’attente.

Son périple dura plusieurs jours, sans encombre.
Autour de lui, nageaient des poissons en grand nombre.
Ils l’encourageaient dans sa quête de couleurs,
L’accompagnant de-ci… de-là… pour quelques heures.

« Dis… nous raconteras-tu ce que tu verras ?
Il paraît que l’océan a bien bel éclat…
Bon voyage l’ami ! Et reviens-nous très vite !
Garde en mémoire les couleurs de chaque site !
»

Un matin, l’eau lui parut plus claire… brillante…
Par endroits, les vagues étaient étincelantes !
Pataplouf était enfin au bord du rivage
Tout creusé par d’innombrables petits sillages.

Mais… ni parasols, ni enfants, là… sur le sable.
Pataplouf pensa à Exocet et ses fables.
« Il n’a pas dit la vérité… il n’y a rien…
Maman avait raison… il ment, ce n’est pas bien.
»

Alors, il aperçut à ses côtés des pattes
Toutes palmées et orangées… presque écarlates.
Un grand oiseau au très gros bec se tenait là,
Pataplouf, stupéfait, n’avait jamais vu ça !

« Dis-donc, le poisson, tu n’as vraiment peur de rien !
Lui dit Marsouin, un pélican qui avait faim.
Tu frétilles au bord sans te soucier de moi,
Sais-tu que je peux t’avaler en une fois ?
»

« Non… ne me mange pas ! Je cherche les couleurs…
- Répondit Pataplouf soudain saisi de peur -
C’est Exocet qui m’a dit qu’elles étaient là.
Je veux voir les enfants… les parasols… voilà !
»

« Couleurs ? Parasols ? Exocet ? Mais… tu divagues ?
Tu as dû être bien chaviré par les vagues.
Allons…retourne vite dans l’eau tout au fond !
Ici, pour toi, il n’y a vraiment rien de bon.
»

Alors Pataplouf expliqua tout son voyage
Et son arrivée incongrue sur le rivage.
Marsouin écoutait le poisson, très attendri,
Manifestant son intérêt en petits cris.

« Ecoute Pataplouf… j’ai une solution
Mais après, promets de rentrer à la maison !
Les rivages ne sont pas faits pour les poissons.
Ici, les couleurs seraient pour toi du poison.
Tu serais vite attrapé par Martin Pêcheur
Et adieu ta maison ! Et adieu les couleurs !
Bon… je vais te faire voir tout cela d’en haut
Juste le temps pour moi de remplir mon bec d’eau.
»

Pataplouf vit Marsouin pencher sa tête en bas
Et l’eau y entrer en jolis glou… glou… gla…gla…
« Allez Pataplouf ! Saute vite dans mon bec !
Au moins, tu seras à ton aise et pas au sec…
»

Le poisson prit son élan, il sauta d’un coup.
Et atterrit dans le bec grand ouvert et doux.
L’oiseau prit son élan de ses très longues ailes,
Pataplouf se mit à monter haut dans le ciel…

C’était incroyable pour un petit poisson…
Comment aurait-il pu un jour voir l’horizon ?
Il sentait l’air, voyait les nuages… soleil…
Jamais il n’aurait pu découvrir ces merveilles.

Alors Marsouin se pencha un peu en avant
Pour que Pataplouf puisse voir tous les enfants
Qui venaient sur la plage, ouvraient les parasols
Semblables à des fleurs aux multiples corolles.

C’était un bouquet de rouge… jaune… bleu… vert…
Qui s’offrait à ses yeux en mille tons offerts.
Et puis, on entendait des rires s’égrener
Comme autant de bonheurs, par le vent… chahutés.

Ce fut un vrai moment fabuleux, merveilleux,
Que Pataplouf contemplait, là-haut, dans les cieux.
Puis, Marsouin descendit doucement sur les flots
Afin que son ami poisson rejoigne l’eau.

« Salut l’ami ! Je t’ai fait cadeau des couleurs…
Je suis heureux de t’avoir donné du bonheur !
Mais il te faut retourner dans ton élément
Et moi, je vais rejoindre les rivages blancs…
Pense à moi de temps en temps tout au fond de l’eau
Et souviens-toi que partout, le monde est très beau.
Moi, à chaque fois que j’atteindrai l’horizon,
Je penserai à toi mon ami le poisson…
»

Alors, Marsouin s’envola très haut dans les airs
Pataplouf plongea au plus profond de la mer.
Dans le grand bleu, l’attendait toute sa famille
Faite de dauphins… baleines… poissons-torpilles…

L’histoire ne dit pas s’il devint un conteur
Tout comme Exocet, son oncle le grand nageur…
Mais avec des souvenirs si plein de couleurs,
On peut s’attendre à des récits… de plusieurs heures.


Sauf mention contraire, le contenu de cette page est protégé par la licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 License