Le Fanfaron de Rhodes

Le Fanfaron de Rhodes

"En son pays nul n'est athlète…"
Cette idée tournait dans la tête
Non d'un disciple de Platon,
Mais d'un coureur de marathon.
S'il finissait toujours dernier,
Avec l'insouciance du Lièvre,
C'était ou le vent, la fumée, ou la fièvre,
Ou les chausses du cordonnier…
Comme on riait de ses excuses,
Ce champion,
Sans talent mais non pas sans ruse,
Se fit des lauriers d'invention.
Il partit pour cela dans des contrées lointaines,
Mena de ci, de là, une vie d'indolent,
Et puis au bout de l'an,
Revint conter calembredaines.
Des lauriers sur le front, il contait ses victoires
Aux places des cités,
Et chacun de féliciter
Cette nouvelle et modeste gloire…
Or, un jour que par Rhodes il passait,
Il chanta pour la centième fois
Le récit de tous ses exploits:
"J'étais, figurez-vous, en la cité de Rhodes,
Et sous l'oeil d'Apollon,
Mime le fanfaron,
J'accomplis un tel saut que je rompis la corde!"
"Merveilleux! fit un des auditeurs;
Comme tu es à Rhodes, fais-nous donc cet honneur
De nous montrer ce saut, que chacun n'a pas vu;
Nul besoin de paroles; ce qui est vu est cru."
L'imposteur trouva plus aimable
D'aller ailleurs, mais de garder la fable.

Auteur : Pierre

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