Le Dîner en ville

Le Dîner en ville

Un poète inconnu, jeune homme peu nanti
Fut convié un jour en ville,
Pour un dîner fameux, avec le tout Paris.
-Venez, je vous en prie lui dit l’amphitryon
N’oubliez surtout pas votre tire bouchon,
Des gens les plus connus, des académiciens,
Seront là pour l’amour et de l’art et du vin.
Notre poète pris de court
Répondit d’un mot sans discours.
-Apportez l’un de vos écrits,
Il vous sera peut-être utile,
Quelque chose de chaud ou même de futile,
Car nous allons chanter et rire.
Ajouta l’inviteur avec un grand sourire.
Ah, bon se dit le rimailleur,
Il faudra leur montrer que je suis le meilleur !
Il pensait que sa poésie,
Allait demain séduire toute la bourgeoisie.
Que les grands éditeurs, Laffont ou Gallimard,
Lui diraient on t’édite, il est déjà trop tard,
Un poète aussi jeune, c’est une découverte,
De tous les écrivains c’est vous le plus alerte !
Je suis sûr, pensait-il, qu’ils devront reconnaître,
Qu’un grand poète vient de naître.
On me trouvera beau, tout me sera facile,
Mes pensées ma plume et mon style.
Les femmes auprès de moi, déploieront tous leurs charmes,
Et devant mon génie, elles rendront les armes.
Les journaux, les radios et les télévisions,
Publieront ma photo, mes écrits mes actions,
On me décorera, on me rendra justice.
Je signerai des livres à mes admiratrices.
Et pourquoi pas un jour, devenir Immortel,
Ou bien alors le prix Nobel !
Il s’en allait ainsi, dans les rues de Paris,
Perdu dans ces folles pensées,
Filles de sa jeunesse et sa naïveté,
Rejoindre la demeure, où la gloire attendait.
Quand ils furent à table, son hôte l’avisa,
Dites nous cher ami, et pour un premier plat,
Ce que votre génie a concocté pour nous,
Une entrée bien salace, ou quelque ardent ragoût !
Ah, répond l’écrivain, vous me comblez monsieur,
Ma cuisine, il est vrai, va faire des heureux,
Mais pour être poète, on n’en est pas moins sot,
Et mon plat de sortie, tiendra en un seul mot.
Car en tant que cuistot de la littérature,
Je vous ai mitonné un bouillon de culture.
Comme chacun de nous croit en ce qu’il désire,
C’est un mot, en latin, qu’il vous faudra traduire.
Vous pourrez, messieurs dames, l’arroser de vodka,
Sic transit gloria


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