La Goutte d'eau

La Goutte d'eau

Il était une fois, au pays de l’amour,
Une toute petite gouttelette d’eau…
Elle était née, presque par hasard, un beau jour
Où deux êtres humains s’aimaient peau contre peau…
De ce jour, elle gardait peu de souvenirs
Mais elle se rappelait plutôt quelques sons.
Des « oh… » et des « ah… », tout plein de jolis soupirs
Qui lui laissaient le goût de bien tendres frissons.

C’est dans une vague d’amour qu’elle jaillit
Propulsée comme des milliers de gouttes d’eau.
Chacune allait très vite, cherchant un abri,
Et toutes avaient repéré le même îlot.
L’endroit paraissait doux et plutôt accueillant
Mais il fallait l’ouvrir avec la bonne clef !
Chaque goutte essayait un sésame étonnant,
Pourtant… aucune ne pouvait y accéder.

Alors, la gouttelette essaya autrement.
Elle dit timidement « Bonjour… puis-je entrer » ?
Devant cette politesse, ce mot charmant,
L’îlot s’ouvrit, la fit entrer, ferma à clef !
Et là, tout alla très vite et il lui sembla
Qu’elle se métamorphosait de toute part.
Il y avait en elle un bruit, un cœur qui bat
Créant une mélodie personnelle et rare…

Elle changeait de forme, s’allongeait un peu,
Tout ceci l’étonnait et l’amusait beaucoup.
Mais l’îlot chuta, se nicha en autre lieu,
Fort heureusement aussi accueillant et doux…
A présent, la goutte en « haricot » se muait
Et d’étranges moignons poussaient sur ses côtés.
« Oh… que m’arrive-t-il donc ? Mais qu’est-ce que c’est ?
Même mon haut se creuse… vais-je ainsi rester ? »

Les petits « creux » contiennent beaucoup d’émotion
Et même sans oreille, ils peuvent bien entendre.
L’étrange haricot porta très grande attention
A des vibrations qu’il arrivait à surprendre.

C’était comme une mélodie de sons du cœur
Qui s’unissait au sien et l’emplissait d’amour.
« Bonjour bébé, tu es pour nous un vrai bonheur
Et nous avons hâte de te voir en plein jour !
Peut-être ne serons-nous pas parents parfaits
Mais tu le sais bien puisque tu nous as choisis…
Sois sûr que nous sommes heureux de t’avoir fait
Et nous ferons tout pour que tu aies belle vie. »

Le haricot garda toutes ces émotions
Au creux de ses « creux » et au plein de ses « moignons ».
Il sentait que ces ondes emplies d’affection
Allait l’inventer, là, dans ce ventre-maison.
Il laissa la vie se déployer à son rythme
L’étirant d’un sens, d’un autre l’arrondissant.
Les ondes caressaient son être comme un hymne
Un hymne d’amour créateur et bienfaisant.

Au fil du temps, ses moignons eurent des pétales,
Des pétales-doigts mobiles, graciles, pales,
Qui aimaient rencontrer l’orifice buccal
Tandis que deux « creux » s’ouvraient à la vue fœtale.
Un peu plus bas, la vie se personnalisait,
Brodant au corps sa signature sexuée.
De toute part, cet enfant se finalisait
Mais dans l’utérus-berceau devait patienter.

Ce petit être, bien humain, était fragile…
Il lui manquait force et poids pour venir au monde.
Alors, il jouait de ce corps léger, mobile,
Cabriolant dans sa maison-mère bien ronde.
Ah… qu’il aimait manifester son existence
Par des petits à-coups de ses jambes et bras.
A chaque fois, il sentait comme une présence…
Un flot d’amour qui caressait son habitat.

Après neuf mois, il se sentit las de jouer…
D’ailleurs, il n’avait plus grand place pour bouger.
Mais son îlot d’autrefois l’avait tant bercé
Qu’il ne pouvait se décider à le quitter.
Alors, il repliait ses membres contre lui,
Peut-être par respect de ces murs si charnels,
Mais il sentait bien qu’aussi doux soit cet abri,
Il n’était que temporaire et point éternel.

La vie habite aussi bien les corps que les âmes
Et devinait que son œuvre était achevée.
Mettre au monde cet être n’était point un drame
Mais au contraire lui offrir un nouveau-né.
Dame Vie ouvrit d’un coup le doux îlot-nid
Et ce vase de la vie déversa son eau…
Le petit être, tête en bas, fut si surpris
Qu’il recherchait un autre endroit, un autre îlot !


Il se poussa en avant, en quête d’abri,
Puis reconnu les ondes bienfaitrices, douces…
Elles semblaient le guider vers une sortie
« Je t’aide pour que tu viennes, mon bébé… pousse ! »
Ces mots-musique étaient différents d’autrefois,
Composant une mélodie bien plus rythmée.
Mais il se sentait si uni à cette voix
Qu’il suivait d’instinct ces vibrations tant aimées.

A force de poussées et mots encourageants,
Il glissa sa tête dans l’ouverture-vie.
Une clarté vint éblouir ses yeux naissants
Et tout son corps, par même orifice sortit.
L’enfant poussa une première note-cri
En écho aux voix maternelle et paternelle.
L’homme, créateur de la goutellette-vie
S’émerveillait de métamorphose si belle…

Sur le ventre-mère, on le mit peau contre peau
Et il lui sembla reconnaître un peu ce geste…
Mais c’était souvenir de gouttelette d’eau
Qui habiterait sa mémoire, telle un zeste.
C’est ainsi qu’au féerique pays d’amour,
Deux frissons-chair s’offrant en gouttelettes d’eau
Peuvent créer patiemment et au fil des jours
Le miracle de la vie… un enfant-cadeau.

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