L'Orgueil (Joute Capitale)

(Retrouvez les autres pêchés en revenant à la Joute)


  • D'après la légende d'Arachné racontée par le poète Ovide dans les Métamorphoses

Arachné

A Colophon jadis, quelque part en Lydie,
Demeurait Arachné, fille de teinturier.
Elle excellait en l'art de la tapisserie,
Faisant l'admiration du pays tout entier,
Mais était orgueilleuse, et dans sa suffisance,
A la fille de Zeus proposa le défi
De créer un tissu dont la magnificence
Surpasserait le sien. Athéna consentit.
L’œuvre de la mortelle, en tout point exemplaire,
Narrait de tous les dieux les multiples défauts.
A sa vue, Athéna fut prise de colère,
Réduisit à néant le merveilleux tableau.
Arachné se pendit. Prise de repentance,
La déesse "aux yeux pers" la métamorphosa
En une araignée qui pour sa pénitence,
Jusqu'à la fin des temps sans trêve filera.

Gardons-nous de l'orgueil et croyons-en Ovide,
Sous peine d'être un jour changé en arachnide !

Fable de Alain Gautron


Le Coq orgueilleux


Dans la cour un coq pavoisait
Il criait, chantait. Nul n’osait
Lui faire la moindre remarque
Sur sa posture de monarque.
Chacun lui parlait avec soin ;
Pourtant l’on n’en pensait pas moins.

Il expliquait, savait tout faire,
Mettait son bec dans les affaires
De tous les autres animaux
Sans lui-même gérer ses maux :
Son logis était misérable
Il n’y avait plus rien à table.

Il croyait encore à sa gloire
Pourtant enfouie loin dans l’histoire,
Donnait ses leçons de morale
A son voisin le bon cheval
Et à tous ceux qui l’écoutaient,
Qui – croyait-il – le respectaient.

Il osait parfois menacer
Partant ses lauriers du passé
Faisait le fier, bombait le torse,
Mais il était à bout de force.
Facilement on eut tué
Cette volaille infatuée

On se retient par politesse
De lui montrer sa petitesse.
On rit du coq qui gesticule ;
Sa fierté le rend ridicule.

Sombrera au premier écueil
Celui qui pêche par orgueil.

Fable de Alex Marrot


Le Singe illuminé

Un jour, un Singe,
Sans doute se triturant trop les méninges,
Eut soudaine révélation
Pour éclairer les siens
Et mettre fin
À leurs primaires gesticulations :
Grimpant au plus haut d’un Baobab
Il y trouverait leur divin Nabab
Et de ses sages apologues
Leur en remettrait le décalogue !

Encore à jeun,
Longtemps le peuple de Macaques
Attendit donc le retour du mégalomaniaque
Qui revenant sans autre pain
Que les cosses peinturlurées
D’étranges écritures du calebassier
S’en retournèrent à leurs Bananiers,
Bien trop affamés
Pour écouter les palabres
D’un illuminé à peine descendu de son arbre…

… Vexé et les traitant d’impies,
Celui-là aurait du pourtant de son pays
Savoir que nul n’en est prophète
Et faire meilleure tête
Que sa vilaine grimace
D’avoir, outre perdu la face,
Trouvé à sa divine loi écueil
Pour qui en a pêché… d’Orgueil !

Auteur : Val


Le complexe du Tournesol

« Encore une journée à se dorer au soleil ! »
se dit le tournesol au sortir du sommeil.
Bercé par la chaleur des tous premiers rayons,
il se plonge dans de profondes réflexions.
« Qui suis-je ? Où vais-je ? De quoi suis-je digne ?
Hein ? Il y a de la friture sur la ligne !
Ainsi donc, goutte parmi les gouttes, c'est en
huile que je frirai, fricasserai, un temps.
Puis l'on me jettera, usée, dans un évier,
pour aller conquérir, que dis-je, polluer
ce qui aurait pu couvrir les petits besoins
d'au moins dix années, en eau, d'un seul être humain.
Je pourrais encore étouffer mille mètres carrés
d'eau empêchant ainsi la flore de respirer…
Mais ? Que m'arrive t-il ? Fleur parmi les fleurs
je n'aspire qu'à briller d'un pouvoir destructeur…
»
A ce moment précis, un petit colibri
(et oui encore lui!) le sort de sa rêverie.
« Tes noirs desseins sont fruits de la facilité.
Suis donc une autre voie en étant recyclé.
Tu serviras encore sans fournir trop d'effort.
Ne perds donc pas le Nord, tu peux changer ton sort.
»
Aussi petit que l'on soit
s'offre à nous plus d'une voie,
l'on peut être roi ou proie,
de bon ou mauvais aloi.
Aussi petit que l'on soit
Il s'agit toujours d'un choix.

Fable de Pistil


Le Paon et l'Orage

Sous le chaud soleil du pays méditerranéen,
un Paon qui tirait fierté et orgueil de sa queue
s'alla, comme tout un chacun des siens,
s'exhiber et se parader selon les règles du jeu.

Croyant la sienne de qualité supérieure,
pour le plaisir des yeux d'un public attentif,
le Paon déploya sa queue aux mille couleurs
et la fît danser d'un intriguant geste répétitif.

Interrompant ce préambule reproducteur,
un Orage lui détrempa ce qu'il tenait tant à afficher,
or, quand il est désarmé, que peut pareil séducteur
sinon guérir son amour propre et s'y encore essayer…

Lorsque l'amour ne tient qu'aux apparences,
il est bien plus fragile qu'on pense.

Fable de Pierre Simard

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