L'Ivrogne et l'amateur de Bel Canto

L'Ivrogne et l'amateur de Bel Canto

Un ivrogne chantait, quoi de plus naturel !
Le vin est favorable à tous les décibels.

Assis par terre dans la rue,
Il déployait son cri dans toute l’avenue,
Et de sa gaîté vineuse,
Il inondait la nuit d’aubades sulfureuses.

Des fenêtres s’ouvrirent, avec des voix rageuses,

-Arrête ce boucan Ô le chanteur de charme,
Tu réveilles les chiens avec tout ton vacarme !

Vous n’aimez donc pas la musique ?
Dit l’artiste des rues, de sa voix d’alcoolique.

Un chien crève la faim, et qui passait par là,
En quête d’une pitance,
S’installa auprès du chanteur.
Il lui fallait tenter sa chance.

-Ta mélodie, c’est du bonheur !
Lui dit le chien, et je suis un fin connaisseur.
Puis l’animal, pointant son museau sur la lune,
Clama avec l’artiste, toute son infortune.

Un pandore alerté intervint illico.
Il lui fallait sévir, mettre fin au chaos.
-Contravention dit le gendarme,
A l’ivrogne fondant en larmes.
Pour votre tintamarre, vous méritez plus gros !

-Nous chantions, ne vous en déplaise,
Dit l’ivrogne têtu, et qui l’avait mauvaise.

-Des chanteurs comme vous on les met au violon,
Déguerpissez du coin ou je vous file un gnon !
-Moi, je n’y suis pour rien dit le chien mélomane,
Il se dit musicien, et ce n’est qu’un profane.
Il ne sait que crier et moi, je barytonne,
Je chante mieux que lui, tenez je l’abandonne.
Et va pour le violon, je change de musique,
Là au moins on y mange, et sans faire du lyrique.


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