L'Immobilier victime de la Crise

L'Immobilier victime de la Crise

Ces maux qui, tant atterrent,
Ces maux semant l'affreux effroi,
Fondant tels des oiseaux de proie,
En châtiment des crimes infligés à la terre :
La Crise ! Et sa sœur Récession
Font fondre les fonds de pension,
Mettant les bourses à genou,
Engloutissant dans leurs remous
L'Economie par pans entiers…
Et, dans la Bulle immobilière,
Crédit ayant péri noyé,
On manque cruellement d'air.

Devant pareilles calamités,
Le souverain des Bâtiments
Qu'est le Palais de l'Elysée
Convoque alors son parlement :
- Chers citoyens sujets, sachez
Que tous ces fléaux qui nous heurtent
Viennent des crimes et des meurtres
Commis envers notre atmosphère :
Le réchauffement planétaire,
Chacun de nous y contribue,
Choisissons donc le plus coupable,
C'est lui qui paiera le tribut.
Son sacrifice indispensable
Apaisera la céleste ire !
Ainsi, pour éviter le pire
A l'Empire du Bâtiment,
Examinons incessamment
Et en totale conscience,
Notre bilan énergétique.
Avons-nous, par intempérance,
Nourri le dérèglement climatique ?…
Quant à moi, je confesse,
En toute transparence,
Que si, avec largesse,
J'use des énergies
Fossiles et fissiles,
Mon rang et ma magnificence
Cent fois le justifient…
Mais… Si quelque imbécile estime
Qu'il y a là, gabegie,
Que je commets un crime,
Qu'aussitôt il s'exprime !
On entend voler une mouche…
Personne n'ose ouvrir la bouche…
Alors c'est l'Hôtel Matignon
Qui répond à son souverain :
- Oh Sire Elyséen,
Vos vertus avérées ne souffrent nul soupçon
Et bien sûr c'est ailleurs
Qu'il faut trouver ce criminel
Qui, pour notre plus grand malheur,
Attire le courroux du ciel !
Et sur ces dires,
Tous les courtisans d'applaudir.

Puis chacun d'eux passe à la barre :
Du Gratte-ciel à la Chaumière
Et du Pavillon au Manoir
Chacun se targue à sa manière
D'épargner le kilowattheure
Et de piéger la Calorie ;
Tous s'affirment comme logis
Ne brûlant que le nécessaire,
Respectueux d'Ecologie
Et combattant l'Effet de Serre.
Bref, des écocitoyens,
Le royaume en était plein…

Les regards se tournent enfin
Vers une petite Bicoque,
Une Cahute d'un autre âge
Bâtie de bric, bâtie de broc,
Qui dépose son témoignage :
- J'avoue qu'au plus fort de décembre,
Alors qu'il gelait à pierre fendre,
Avoir glané sur le coteau
Une brassée de branches mortes
Que j'ai glissée dans mon fourneau.
Je ne pensais fauter, agissant de la sorte…
Et alors, l'Hôtel de Lassay,
Qui était un peu avocat,
S'écrie : - Suffit ! C'est bien assez
Pour juger pendable ce cas,
Voici la coupable du Krach !
Et, aussitôt, on hue et conspue la baraque.
On tenait le bouc émissaire…
Alors, pour clore cette affaire,
On fit venir le Bulldozer.

La fable ne dit pas si les fléaux cessèrent
Mais sa morale est implacable :
Le puissant est innocent,
Le misérable est coupable.

Fable de François Grand-Clément

fgc
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