L'Iconoclaste

L'Iconoclaste

Cet homme de la rue à gueule de poivrot
Apostrophait le ciel avec mille gros mots
-Tu dérailles vieux décrépi
Lui dit une guenon échappée de son zoo
Tu es, pardonne moi, un animal stupide
Et toute ta colère s’est perdue dans le vide
Tu ne sais donc pas que c’est un désert là-haut ?
Même Zeus a pris le maquis
-Tu es dingue, la vieille et j’ai rien demandé
Ni de naître, ni d’être heureux, ni de mourir
Si je m’adresse à ces dieux de l’espace
C’est que je veux leur parler face à face
Dire ce que je pense et le dire tout haut
Qu’ils peuvent tous crever ces débiles mentaux
Rétorque l’alcoolo de sa voix éraillée
-Mais tous les dieux sont morts partis sans prévenir,
Répond notre guenon, ne joue pas les martyrs
Tu t’adresses au néant et rien n’est plus facile
Ta conduite mon vieux n’en n’est que plus futile
Tu crois qu’avec l’alcool on oublie ses misères
Chercher la vérité dans le fond de ton verre
N’est pas non plus la solution
Dis moi, plutôt mon beau clochard
Qu’as-tu fait de ton âge et où sont tes vingt ans
-Tu me parles d’une autre époque
Dit le clodo en rigolant
De ce temps révolu où l’on se sent vivant
Où l’on croit à l’amour aux serments et au ciel
Des printemps je buvais et la sève et le miel.
Tu veux savoir pourquoi je ne suis qu’une loque
Je vais te raconter ma vie, celle d’un homme…
-Arrête je t’en prie, la mienne me suffit
Tu accuses les dieux et tu oublies en somme
Que tu es toi aussi l’artisan de tes maux
Tu devrais mon ami revenir da capo
-Il faut arroser ça, ma belle Cunégonde
Lui chante le poivrot
A nous deux transformer le monde
Je veux d’abord remplir mon verre, viens boire un coup
Viens allez !
-Tu n’es pas qu’un ivrogne, je te crois aussi fou
-Alors toi tu crois à ma folie ?
Ecoute moi, je suis lucide et sans envie
J’ai compris, certain jour que les dés sont pipés
Je refuse ce choix de fausses libertés
Cette partie je la quitte, je l’ai quittée
Ajoute l’homme dégrisé
-Je crois pauvre naïf que tu fais fausse route
Vivre c’est un cadeau de grande solitude
Et je sais ce que tu redoutes
Si tu cherches des certitudes
Va donc les chercher ailleurs
On ne doute pas du bonheur


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