L'Huître amère

L'Huître amère

Toute sa vie sur son rocher,
Victorine vécut fâchée.
A peine née cette Huître outrée
Fut séparée de sa maman,
Q'un pêcheur goba goulûment.
Victorine, quoiqu'il en coûterait,
Vivrait dans sa coque cloîtrée.
Dehors, tout n'était que laideur,
Dans un monde trop amoché
Par l'injustice et la douleur,
Et tout un chacun le gâchait!
Les Mouettes hurlaient comme des folles,
Mère Méduse était trop molle;
La Moule avait mauvaise haleine,
Et la Morue, quelle malsaine!
Le Poisson-Clown était grotesque,
Le Perroquet rocambolesque;
La Baleine était indécente,
Et la Sardine une insolente;
La conversation des Chimères
Était plate, quelle misère!
Et celle du Congre incongrue;
Le Mérou avait des verrues,
Le Poisson-Lune un air stupide;
Le ciel était trop limpide,
L'air trop sec, la mer trop humide;
Tout l'univers la dégoûtait,
C'était affreux, bête et raté.
Ah! qu'elle peut être amère,
Lorsqu'une Huître a perdu sa mère.
Ne jugeons pas les gens hargneux,
Ils sont souvent très malheureux.

Auteur : Pierre

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