L'Escargot et le Mille-pattes

L'Escargot et le Mille-pattes

Sur un chemin d’antan, foulé de mille pas
Depuis la nuit des temps et dallé de surcroit
S’avançait lentement, en traçant son sillon
Un escargot tout blanc en pleine digestion.
A l’orée d’un sous bois aux mille fleurs éparses
Notre ami rencontra compère aux mille tarses
Qui, lui, traçait tout droit. Affairé qu’il était
à trouver son repas, sans repos, il fonçait.
« bouge ! mais bouge ! mais vas-tu bouger ?
Tu vas me retarder, voilà ! c’est fait !
Il est plus qu’énervant de perdre ainsi son temps !
Que ne bouges-tu pas plus prestement, gros lent !
 »
A ces mots peu gracieux, l’ami gastéropode
Au sourire radieux lui entonna cette ode
Du respect du vivant prenant toujours son temps
A connaître l’instant ici et maintenant.
« C’est curieux, oui ! curieux, ami aux pas pressés
Et propos injurieux, te voilà tout stressé
à pourchasser le temps en battant la cavale.
 »
« Je ne l’ai pas le temps ! il faut que j’avale !
Vite ! vite ! ôtes-toi, mais ôtes-toi donc !
 »
« Je m’y attèle car ne veux d’aucune façon
Freiner ta course…
 » - « Tu la freines  »
« Mais vois ! je me démène ! » - « Tu te traînes ! »
Notre escargot s’écarte,
le double le mille-pattes
qui pour rattraper le temps força son allure
stoppée net dans l’instant par le poids d’une chaussure.

Le temps est sans mesure pour qui lui courre après
Et grande est la chaussure pour qui n’a que mille pieds.


Retour : Pistil

Sauf mention contraire, le contenu de cette page est protégé par la licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 License