L'Envie (Joute Capitale)

(Retrouvez les autres pêchés en revenant à la Joute)


Barbe

Tout le jour, dans sa cuisine,
Le nez collé au carreau,
Barbe espionne ses voisines,
Ancelotte et Brunehaut.

"Toutes deux ont de la chance,
L'existence leur sourit,
Elles vivent dans l'aisance,
Alors que moi, pour abri,
Je n'ai que cette masure !
Ancelotte a son coiffeur,
Brunehaut sa manucure,
Limousine avec chauffeur,
Eau, gaz à tous les étages !
Ancelotte, à ce qu'on dit,
Très souvent part en voyage :
Venise, Londres ou Paris !
Brunehaut et sa famille
Pas plus tard que l'an dernier,
Ont parcouru les Antilles
A bord de leur grand voilier !
Ah ! vraiment, la Providence
A mal partagé les biens.
Chez les autres, l'abondance,
Et chez moi, rien !"

Les natures envieuses
Bien souvent sont malheureuses…

Fable de Alain Gautron


Les deux Souris et le Chat


Deux souris qui se promenaient
Dans une grande grange à grain,
Un lieu qu’elles affectionnaient,
Y discutaient avec entrain.

« J’aimerais bondir tel le lièvre,
Mu par un étrange ressort ! » ;
L’autre répondit d’un ton mièvre
Qu’il fallait accepter son sort.

« Mais pourtant… », reprit la première,
« J’envie son élan ; je m’entraine ! »
La seconde : « ne sois point fière,
Car tu resteras à la traine ! »

Alerté par tout ce chahut
Maitre Chat arriva serein :
Il n’est souris qu’il n’eut pas eu,
Même des rats il était craint.

Il croqua vite la seconde
Qui n’avait pas pensé à fuir ;
La laissant à ses plaies immondes,
Chercha à percer l’autre cuir.

Mais la première plus rapide,
De peu parvint à s’échapper
Des crocs vifs, humides, avides,
De qui devrait l’avoir happée.

Pourquoi, comment rester en vie,
Sans que ne brûle en nous l’envie ?

Fable de Alex Marrot


Une envie…

Un Poète à la rime peu riche
Et aux douteux hémistiches
Alla trouver un Brasseur,
Un certain Kvasir,
Pour qu’il lui serve son élixir
- Breuvage de miel
Au doux nom d’Hydromel -
Afin d’y noyer si ce n’est son cœur
Délaissé par sa Muse,
Au moins son estomac
N’ayant plus foi
Qu’en la légende confuse
De ce spiritueux
Qu’on disait par les anciens Dieux
Distillé de leur enchantée salive !
D’une jalousie maladive
À qui en serait oint avant lui de la teneur
Ainsi notre buveur
Plus que Conteur
D’écluser depuis toutes les tavernes…
… Et leur citerne !

Mais cette fois en avalant tout le fût
Il attrapa assez la berlue
Pour clamer dehors ses césures,
Malgré de l’air la gelure,
Prenant à cet effet place
Au milieu d’une mare de glace :
Cynique farce
Pour un alcoolique, l’idiot
S’il goûta pour une fois de l’eau
Fut celle sous la surface
Soulageant alors dessus sa vessie
Pris d’une envie…
C’était annoncé… Pressante !

Comble à la morale récurrente
Pour qui convoite
Ce qui trop miroite

Auteur : Val


Le Renard et le Corbeau

Maître Corbeau sur son châtaignier perché
tenait en son bec une bogue.
Maître Renard par l'affaire alléché
lui tint à peu près ce dialogue :
« Hey bonjour Monsieur du Corbeau
que cette bogue est jolie
et renferme pur joyau.
Sans mentir si l'épineux emballage
promet maints et moult avantages,
qui, de la crème ou des marrons glacés
jusqu'au nectar des dieux dont liqueur est tirée,
vous tenez là préfixe de la table des rois. »
A ces mots, le corbeau n'en éprouve que joie
de voir l'ancien rival suivre une nouvelle voie.
Toujours la bogue au bec, la morale lui échoit :
« Sieur Renard, pensez-y : je dis
que tout soucieux à prôner haut et fort
les vertus de ce fruit se doit qu'il le goûte.
Cette façon en ôte tous les doutes. »
Le Corbeau, ainsi en conclut,
lâcha alors la bogue par le renard voulue.
Ce dernier, au vol, l'attrapa
et, piqué au vif, se figea.
Cet arrêt, en travers de la gorge,
lui permit que conviction se forge :
Ce n'est pas la bogue qui fait la châtaigne
mais plutôt la variété qui nous renseigne.
Ainsi ne voyons pas que la fin en toute chose
considérons aussi que le début s'impose
car imaginez donc une fin plus malheureuse
si, comble d'infortune, la châtaigne soit véreuse ?

Fable de Pistil


La Marmotte et le Lapin

N'ayant pas dans son jardin
ce qu’un Lapin avait dans le sien,
une Marmotte se fit un plaisir et un devoir
de lui faire vertement savoir.

S'il vous avait fallu
vivre ce que moi-même j'ai vécu,
vous seriez plus modeste
à poser de ces gestes
qui font que ceux qui ont moins de chance
se sentent petits devant l’opulence.

De votre bien le plus précieux départissez-vous
et offrez le à qui n'a pas eu comme vous
bonne fortune et pareil avantage.

Le Lapin qui était moins sot que sage
lui offrit donc ce qu'il avait de plus précieux,
son Chien de garde aussi efficace que sérieux.

Qui se lamente sur son triste sort
sans mettre pour s'en sortir tous les efforts,
n'aura de conséquence sur son affaire
que demain sera encore pire qu'hier.

Fable de Pierre Simard

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