L'Ecureuil faisant son stock pour L'hiver
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L'Ecureuil faisant son stock pour L'hiver

Un écureuil d’un grand âge
Amassait depuis deux saisons
Noix, noisettes et bourgeons.
Un jour, après un orage,
Un congénère de passage
Vit le patriarche faire son stockage
Avec peine.
« Je vous vois bien vieux
Et perdre haleine
Devant un tel labeur ; bien des envieux
Doivent jalouser votre force et votre courage
A vous voir ainsi faire l’empilage
De toutes sortes de fruitage.
L’été pluvieux,
Et l’automne l’est davantage…
– Cessez votre babillage ! »
Interrompit le vieillard.
« Je vous devine pillard
Mais, sur la croix,
Vous ne me volerez pas une seule noix !
Continuez votre voyage
Avant que je ne fasse un carnage !
– Monsieur, vous me voyez suspect
Mais c’est avec respect
Que je vous propose mon aide.
Il faut que l’on s’entraide :
Vous, pour votre santé ;
Moi, pour manger cet hiver ; un peu de bonté,
Soyez miséricordieux,
Grâce vous rendront les dieux.
Voyez ? Vous pouvez nourrir dix familles
Pendant deux ou trois hivers ;
J’ai fouillé des sous-bois, des chemins, des charmilles,
A notre échelle autant dire tout l’univers,
Sans rien trouver à croquer…
Je suis bien trop honnête pour vous escroquer :
Je gagnerai mon salaire
Si vous me laissez faire.
Je vous le dis :
Est-ce là les paroles d’un bandit ? »
Ceci étant dit,
Notre routard fut chassé, incompris !
Tôt arrivèrent le gel et le vent cinglant ;
Aux premiers frimas notre vieil écureuil
Mourut : on ne porta pas le deuil.
N’ayant ni ami ni descendant,
Nul ne put jouir de sa fruitière…

Beaucoup amassent de l’argent de leur vivant
Et deviennent les plus riches du cimetière !

Fable de David Claude

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