L'Avarice (Joute Capitale)

(Retrouvez les autres pêchés en revenant à la Joute)


Pétronille

Pétronille au marché va chercher des légumes
Pour cuire un pot-au-feu. Mais comme tout est cher !
Elle a devant les yeux l'odorant plat qui fume,
Se voit déjà mettant la nappe et le couvert…

Le poireau, les oignons, le céleri en branche,
Sans compter les carottes et le thym, le laurier…
Pétronille calcule, ajoute puis retranche,
Aligne tous les prix sur son petit papier.

"Ah non ! Décidément, c'est bien trop de dépense !"
Se dit la vieille dame en quittant le marché.
"Quant au prix du jarret, c'est fou, quand on y pense !"
Elle rentre au logis, n'ayant rien acheté.

Pétronille pourtant n'est pas dans la misère,
Elle a bonne retraite et magot sous le lit,
Mais en disciple de l'Harpagon de Molière,
Elle a fait de l'argent son principal ami !

Avaricieuse elle est, son travers est notoire.
Lui quémander un sou, c'est tomber sur un bec.
Pétronille a rangé sa bourse sous l'armoire
Puis a bu de l'eau claire et mangé son pain sec !

Si Pétronille un jour vous convie à sa table,
Dînez avant, c'est préférable !

Fable de Alain Gautron


Le Merle et l'Ecureuil


Un merle surprit l’écureuil
En train d’enterrer ses noisettes ;
Il en avait plein sa musette
Qu’il dissimulait sous les feuilles.

« Oh ! Quel beau butin ! » dit l’oiseau,
« M’offrirais-tu un de tes fruits ? »
L’écureuil, surpris par le bruit,
Sursauta, leva le museau :

« Pas question ! Je ne donne rien ! »
« Sois aimable, j’en ai besoin,
Mon dernier repas est si loin…
On s’aide, entre végétariens ! »

Mais notre écureuil refusa.
Quelques jours plus tard il buta
Au bord d’un trou et y chuta ;
Ses cris, notre merle amusa :

« Oiseau, aide-moi à sortir ! »
« Te souviens-tu quand j’avais faim ?
Ayant de quoi manger sans fin
Tu me laissas à jeun partir !

Les parois du trou sont bien lisses,
Tu vas peiner pour remonter ;
Laissant du temps pour méditer
Sur les méfaits de l’avarice ! »

On a souvent plus à gagner
A partager qu’à épargner.

Fable de Alex Marrot


L'Anneau et la Fée

On dit qu’il y eut un âge d’Or :
C’était à l’aube de l’humanité
Quand chacun partageait la vérité…
… Pourtant il en vint un dès lors
Que l’on nomma sombre,
Un temps de fer et d’ombres
Où chacun se disputa le Pouvoir,
Cercle convoité dont le sceau
Fut incarné en un simple… Anneau !
Légende devint cette histoire
Et, après que tous s’entretuèrent
Dans d’affreuses guerres,
Il fut alors perdu…


Dans des eaux dont le destin
Eut cours dans celles du Rhin
D’où on dit qu’une Fée, lors d’une crue,
Retrouva ce trésor tant désiré
Au bas d’un rocher :
Elle était aimante
Et d’un mortel l’amante,
Être dont la jeunesse
Portait du nouveau monde la promesse
Et l’innocence ;
Par cette alliance
Elle cru sceller leur amour merveilleux
D’un présent si précieux :
Ce fut là son mal
Car l’homme à la vue du métal
Dupa la créature de songe,
Attendant que la belle soit assoupie
Pour la voler une fois endormie,
Non sans de ce mensonge
En lier son âme au forgé artifice
Et, comme tous ceux en usant, à son maléfice :

Qui prend par vice
Devient l’objet de sa propre avarice

Depuis lors, sans pareille
Appelle l’éplorée Loreleï,
Semblant douce Sirène
Pour qui entend sa peine
Mais, alors trop s’approchant,
Dans ses flots traîtres
Ne peut plus se dépêtre
De la malédiction de son éternel chant…

Auteur : Val


L'Alligator en transition

Un alligator, sur sa fierté perchée,
faisait de sa vie un fromage.
« oh ! Que vivre est difficile »
se lamentait-il
« si mes ravages ne me rapportent pas d'avantage
il me faudra quitter mon paradis caché.
»
passant par là, une colombe
sortant de l'ombre
le réconforte
de la sorte.
« pourquoi pleurer ? Tu as bien travailler,
la Terre est dévastée, tu peux reposer.
Cesses tes lamentations
nous sommes en transition.
»
« En transi-quoi ? » demanda le crocodile.
« En transition, voyons ! » lui dit le volatile.
Il s'agit de cheminer, passer de l'autre côté
de nos tares du passé et viles habitudes, changer.
»
l'animal aux dents longues d'en rajouter
« et ça me rapportera quoi de transiter ? »
« bin physiologiquement,
le transit est important
être longtemps constipé
ne présage rien de bon
déjà pour ta santé.
Mais de la planète, parlons :
de ses eaux si polluées
qu'il t'a fallu quitter,
des espèces terrifiées
que tu ne veux manger
tant elles sont avariées.
Il est temps de changer.
»
« Changer ? Ah oui ! D'accord.
Déclara l'alligator.
« mais il me faut des garanties
qui me mettent en appétit.
Si j'entrevois dans vos propos
de quoi faire repas frugaux
promis ! Je transite aussitôt !
».
sur ces mots,il goba l'oiseau.

Moralité. Les vieux modèles ont la dent dure
et les meilleures idées finissent à la mort sure.
Fi ! Des palabres, évitons les problèmes
transition bien ordonnée commence par soi même.

Fable de Pistil


L'Ecureuil et son voisin

Du matin au soir, occupé comme il se doit
à cueillir, transporter et engranger ses noix,
un Écureuil, que rien ne semblait pouvoir distraire,
entassa dans ses coffres 100 fois plus que nécessaire.

Ayant compris l’art du gain facile, mesquin en tout,
à ceux qui avaient assurément moins dans leur trou,
il prêtait volontiers une noisette, un gland ou une noix
contre l’assurance en retour d’en recevoir trois.

La malchance ayant visité un proche Voisin,
chacun à leur manière, tous donnèrent un coup de main,
l’Écureuil, dont la préoccupation était ailleurs qu’au cœur,
chercha plutôt à tirer profit de ce malheur.

La vraie fortune ne tenant pas à ce qu’on a
mais à ces petites choses qu’on ne voit pas,
quand ce fut chez lui que le feu passa,
de bon droit, l’Écureuil réclama qu’on l’aida,
or quand on a peu ou rien du tout,
comment être à l’heure à pareil rendez-vous ?

La cupidité et l’avarice ne mènent à rien,
sinon à se préparer un bien triste demain.

Fable de Pierre Simard

Unless otherwise stated, the content of this page is licensed under Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 License