Joute VII

Joute : Fables en rimes - Sujet : Reprise de la Fable : L'Hiver et le Printemps d'Esope de la prose à la rime (Proposé par Val)

L'Hiver un jour se moqua du Printemps et le chargea de reproches. Aussitôt qu'il paraissait, personne ne restait plus en repos ; l'un allait aux prés ou aux bois, se plaisant à cueillir des fleurs, des lis et des roses, à les faire tourner devant ses yeux et à les mettre dans ses cheveux ; l'autre s'embarquait, et, à l'occasion, traversait la mer pour aller voir d'autres hommes ; personne ne prenait plus souci des vents ni des averses épaisses. «Moi, ajoutait-il, je ressemble à un chef et à un monarque absolu. Je veux qu'on tourne ses yeux, non pas vers le ciel, mais en bas vers la terre, et je force les gens à craindre et à trembler, et à se résigner parfois à garder le logis toute la journée. — C'est pour cela, répondit le Printemps, que les hommes ont plaisir à être délivrés de ta présence. De moi, au contraire, le nom même leur semble beau, le plus beau, par Zeus, de tous les noms. Aussi, quand j'ai disparu, ils gardent mon souvenir, et, dès que j'ai paru. ils sont pleins d'allégresse.»

  • Difficultés :

- Faire apparaître les 4 saisons et ne jamais répéter deux fois le même mot commun (par ex avec Soleil : l'astre, le lumineux, le doré, etc…)
- Ecrire en rimes en gardant l'esprit de la Fable d'Esope mais avec liberté.
- Ajouter une morale à ce texte demeurant ici tacite
- Page A4 maximum (30/35 Lignes max… minimum : 12)

Fabulistes engagés pour l'instant : David-Claude - Julien Sabban - Val - Simard - Alain Gautron - Pistil - FGC


Polémique


L'Hiver et l’Été parlaient gravement,
Chacun d'eux narrant ses hautes prouesses,
Quand, tout guilleret, survint le Printemps,
Tenant par la main l'Automne en liesse.

¬ Ne voyez-vous pas que nous conversons ?
Dirent les premiers. Quelle impertinence !
Vous qui n'êtes même pas des saisons,
De grâce, épargnez-nous votre présence !

¬ Comment osez-vous ? firent les seconds.


¬ Oui, invention pure des poètes,
Tous les scientifiques vous le diront,
Des mots, des chansons, c'est ce que vous êtes !

¬ Ne craignez-vous point d'offenser les Cieux ?
Hermès, Dionysos, nos dieux tutélaires,
Pourraient bien aller se plaindre en Haut Lieu !
Dit le Renouveau. Mieux vaudrait vous taire !


On parla longtemps, en prose et en vers,
Chaque groupe usant de sa rhétorique,
Au point qu'aux oreilles de Jupiter
Arriva l'écho de la polémique.


Le Père des dieux, brandissant l'éclair,
Fit taire à l'instant le sot bavardage.
Il était temps. Tout allait de travers !
C'est ainsi quand on délaisse l'ouvrage !

Fable de Alain Gautron


Les quatre Saisons

Un jour, les quatre Saisons
Vinrent se plaindre au Créateur des mondes.
- On tourne en rond
Depuis longtemps…
Lui dit l’Automne,
-Et c’est toujours la même ronde…
C’est monotone,
Ajouta alors le Printemps,
Nous pourrions danser le reggae,
Ce serait gai.
Et puis l’Hiver a ajouté :
-J’aimerais tellement
Faire une bise à l’été !
Alors le Grand Horloger
A souri,
Puis, gentiment,
Leur a dit :
-Nul n’y peut rien changer,
Tout a un sens.
Tourner à dextre
Ou tourner à senestre,
N’est pas sans importance.
On ne peut naître vieux
Pour périr au berceau.
Qui croit le contraire est un sot.
A conclu le Maître des Cieux.

Fable de François Grand-Clément


Le Temps des Cerises

Un bonhomme perclus des maux de son grand âge,
Suppliait Jupiter de lui rendre les ans
Et la vigueur perdus, au cours de son voyage.
-Comprenez ma misère, vous qui êtes puissant,
Et qui vivez si loin, dans les hauts de l’Olympe,
J’ai la vue qui s’en va, ma jambe qui regimbe,
Rendez-moi les printemps d’avant !
Un singe qui passait par là,
De l’homme entendit la requête.
-Tu rêves, dis, le vieux, tu as perdu la tête,
Ou alors tu joues au fada !
Nous sommes en hiver, les dieux ne pourront pas,
Changer le rythme des saisons.
A moins d’instituer une révolution
Tu en demandes trop à notre bienfaiteur
Lui dit le singe ronchonneur,
-Ce que j’attends du ciel, c’est le Temps des Cerises.
-Tu vas l’attendre encore, ton joli mois de mai,
Va falloir changer de souhaits,
Renoncer au temps des bêtises.
Je crois, dit le vieil homme, avec un grand sourire,
Que le roi de l’Olympe, sait ce que je veux dire.
Je rêve d’un printemps éternel et rebelle,
A tous les hivers !
Puis j’attends le retour de la jeune hirondelle,
De son compagnon le pivert
Et,
Demain, au lever de l’aurore,
Tu verras, au soleil, toutes les fleurs éclore.
Le printemps, ami singe, il est dans notre cœur,
Ne te fie pas au temps, c’est un sacré menteur.

Fable de Julien Sabban


Les quatre Saisons

Quand l’Automne tel un soupir
N’était déjà plus qu’un souvenir,
L’Hiver vint porter dernier baroufle
Envers le Printemps
À peine naissant
Et au plus fragile souffle :
« Frivole jeunesse
Dont on attend les caresses
Pour avec insouciance
Jouir sans alors plus commun sens
De leurs douces espérances…
… Quelle inconscience !
Car là où les fous en ans te comptent,
Des miens, les sages les décomptent
À chaque passage !
Jeunes ou plus vieux
Ploient, plus que devant les Dieux,
Leurs têtes à mon seul présage ;
Mes morsures crevassent
De vilaines grimaces
Qui ose me faire face
Et, d’un regard, chacun je glace…
… Vois que si on te prête vie
Ce n’est là qu’à mon seul saisonnier répit ! »

Vive colère
Auquel notre Vernal fit plus bel air :
« Il est vrai, bien que comme l’Eté
Alors d’une même durée,
Ton règne davantage est souffert
Sous ton ministère…
… Va savoir par quel mauvais Vent ! »

Comme le Temps
Semble inégal
Qu’on est audience
Avec grise mais terne éminence
Ou lumineux esprit plus jovial

Auteur : Val


Quatre Saisons en enfer

Les quatre saisons, cherchaient par cabotinage
de quelles vertus chacune avait l'apanage.
Les débats auraient pu durer encore longtemps
quand, le premier à se réveiller, le Printemps
leur tint ce discours là : « Ne trouvez vous curieux
que nous redébattions sur des thèmes aussi vieux
déjà épilogués lors de la Création ?
Le fait d'être là, à nouveau en réunion,
sans les Cieux pour témoins, me fait craindre le pire. »
L’Hiver de lui dire : « Mais où veux-tu en venir ? »
« A l'Homme, mes sœurs ! Car depuis un certain temps
nous sommes perturbées, s'en est fort éreintant ! »
« Penses-tu qu'il veuille nous contrôler ? »Dit l’Été.
« Certes ! Ou une nouvelle saison inventer… ? ».
Les saisons furent médusées, tant occupées
à leurs joutes qu'elles ne s'étaient préoccupées
de l'évidence d'un avenir les concernant.
Les dégâts causés étaient déjà bien consternant.
Les saisons dirent : « Mais que pourrions nous faire ? ».
Les Cieux leur répondirent : « Rien ! Laissez le faire,
il faut qu'il teste par lui-même sa chimère.
Vous êtes éternelles et lui n'est qu'éphémère. »

Fable de Pistil


La Rose des Vents

Semé dès que la terre fut suffisamment réchauffée,
un bourgeon de rose, à son porte-greffe accroché,
se demandait de qui il allait agrémenter la destinée.

Enfonçant ses fortes racines, pour bien s’agripper,
le bouton ne tarda pas à faire tourner vers lui les nez,
puis, la froide saison venue, il s’endormit dans sa robe fanée.

Les quatre saisons, qui avait une divergente opinion
sur ce qu’il allait advenir de cette fleur de buisson,
décidèrent de se livrer bataille sur la question,
pour ainsi savoir à la fin, laquelle avait raison.

Ce fut le Printemps qui y alla le premier :
Il me suffit que j’arrive sur la pointe des pieds
que déjà, sous les chauds rayons du Soleil printanier,
elle s’empresse de lever la tête pour se réchauffer.

L’Été, fier comme on le connaît, répliqua plus durement :
Que serait donc cette rose si, des mois durant,
je ne posais sur elle mon regard amoureux et bienfaisant
pour qu’elle se couvre de son plus beau vêtement.

Fidèle à son habitude, l’Automne ne se fit pas attendre :
C’est pour m’accueillir, et chaque fois pour vous surprendre,
qu’elle offre, à sa manière, et sans jamais condescendre,
son lot des plus fines odeurs à qui veut la prendre.

L’Hiver resserra ainsi sa glaciale et mortelle emprise :
— N’allez pas croire que sur cette rose j’ironise,
lorsqu’elle s’endort et qu’elle s’enroule dans sa chemise,
c’est pour qu’elle refasse ses forces et non pour qu’elle agonise.

À coup sur, pareille discussion égoïste ne menant à rien,
et ne voulant de la rose que son bien,
les huit vents du monde tinrent le premier Conseil éolien.

Unanimes, ils l’arrachèrent de sa branche nourricière
pour se l’accrocher, telle une emblème langagière,
en plein cœur de leur occupation journalière,
souffler de l’air frais partout sur la terre.

Lui cherchant un nom qui lui irait comme un gant,
décision fut prise de la nommer, Rose des vents.

Fable de Pierre Simard


L'Hiver et le Printemps

L’Hiver fit le reproche
Au Printemps qu’à son approche
Plus personne ne restait au repos
Et ne portait plus d’épais manteaux sur le dos :
C’était promenade et fleurs
Aux mille couleurs
Qu’on cueillait avec la joie dans les yeux
Pour les mettre dans les cheveux.
« Nul n’appréhende plus mes vents glacés
Ni mes tempêtes de neige et, enlacés
Près du feu, parents et enfants, ne le font plus ;
Ils m’ignorent pour les doux rayons de Phébus !
Moi, Monsieur le-faire-valoir de l’été,
Fit-il, je veux sur tous la souveraineté,
Que le respect me soit dévolu
Comme à un monarque absolu,
Que l’on ait peur, qu’on baisse la tête devant moi
Puis, quand je l’exige, qu’on reste cloîtrer chez soi.
― Les gens sont doués de raison,
Répondit la première saison,
Car dès que je les honore de ma présence,
Ils sortent de leur léthargie,
Reprennent un certain goût à la vie
Et sont heureux de ton absence.
Pour tous les hommes,
Finis de faire toute la journée des sommes ;
Tel est ce que je fais pour eux : je désamorce
Ce que l’Automne et toi avez, avec force,
Imposé ! Alors sur tous s’éteint la tristesse
Dont ton nom même est devenu synonyme ;
Quant à moi, le monde est unanime,
Je suis le messager de l’allégresse. »

Quelque soit la période de l’année,
Une personne se verra destinée,
Du temps qu’il fait,
A en être peu satisfait !

Sauf mention contraire, le contenu de cette page est protégé par la licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 License