Joute première

Joute : Mettre en Rimes le conte ci-dessous extrait des Mille et une Nuits (L'Âne et le Boeuf)
Fabulistes engagés : Val - Guy le Ray - FGC - Gurly

On raconte qu’une personne possédait un âne qui vivait dans l’oisiveté et un bœuf épuisé par le labeur. Le bœuf se plaignit un jour à l’âne et lui dit :
-« Frère, n’as-tu pas un conseil qui m’aidera à esquiver cette fatigue ? »
-« Fais semblant d’être malade, lui dit l’âne, ne mange pas ton fourrage ; le lendemain, lorsque notre maître te verra dans cet état, il te laissera et ne te prendra pas au labour ; alors tu te reposeras. »
Leur maître, nous confie le conte, comprenant la langue des animaux, entendit leur conversation.
Le bœuf suivit le conseil de l’âne ; le lendemain leur maître vint et remarqua que le bœuf n’avait pas mangé son fourrage ; il le laissa, prit l’âne à sa place et laboura avec lui toute la journée. Celui-ci crut qu’il allait mourir d’épuisement… Il regretta alors son conseil au bœuf.
Lorsqu’il rentra le soir, le bœuf lui demanda :
-« Comment vas-tu, frère ? »
-« Bien, répondit-il, cependant j’ai entendu un propos te concernant, qui m’a alarmé. »
-« De quoi s’agit-il ? » demanda le bœuf.
-« J’ai entendu notre maître dire, lui répondit l’âne, que si le bœuf devait rester malade, il faudrait l’égorger pour qu’il ne perde pas de sa valeur. Je te conseille donc de reprendre tes habitudes et de manger ton fourrage pour éviter que ce grand malheur ne t’arrive. »
-« Tu as raison, lui répondit le bœuf. »
Et il se mit tout de suite à sa mangeoire.
Entendant cela, leur maître éclata de rire.
Moralité : Celui qui a peu d’esprit commet des actes qui peuvent se retourner contre lui.


  • Fable de Guy Le Ray :

L'Âne et le Boeuf

C’était un âne heureux,
L’âne le plus heureux du monde,
Il n’avait jamais de tâches immondes,
Il promenait juste des enfants joyeux.
Un bœuf, son voisin, avait une vie de mule.
Harnaché d’un joug pesant,
De l’aube au crépuscule,
Il arpentait sans relâche les champs.
Chaque soir, il enviait son voisin
Qui, de ses journées, ne faisait rien.
Un jour de grande fatigue, le bœuf lui dit :
- Pour échapper à mon malheur éternel,
Saurais-tu me donner des conseils ?
Sans hésiter, l’âne lui dit ceci :
- C’est simple, sois malade, gémis,
Cesse de manger, reste couché !
Le bœuf trouva l’idée excellente
Et devint malade sans plus d’attente.
Il ne mangea rien et gémit toute la journée.
Le paysan, le voyant dans cet état,
S’empressa de mettre à l’âne son bât
Et, tout au long du jour, le fit tirer, porter.
D’une telle journée, l’âne sortit épuisé,
Jurant de ne plus jamais recommencer.
Il lui fallait sortir de son cerveau fragile,
Une idée pour cette situation difficile.
Alors, il retourna voir le bœuf à l’agonie
Et, d’un air grave, lui dit :
- Pendant que je tirais la charrue,
Il s’est trouvé que j’ai entendu
Notre Maître dire qu’il te conduirait au boucher,
Voyant que tu ne pouvais plus travailler !
Il est temps que tu guérisses,
Sinon tu finiras sur l’étal, découpé !
Fais-toi jeune, comme une génisse,
Cesse de gémir, recommence à manger !
Le bœuf, à l’idée de ce destin sinistre,
Reprit sa place, son rang, ses corvées.

L’âne en tira une grande leçon,
D’un conseil, dit-il, on peut être le dindon.


  • Fable FGC :

Le Boeuf et la Mule

Dans l’étable d’un paysan
Créchaient un bœuf et une mule.
Quand le premier oeuvrait aux champs
La seconde coinçait la bulle.
Lassé d’un labeur épuisant,
Le bœuf demande à sa compagne :
« J’aimerais bien savoir comment
Pouvoir échapper à ce bagne,
Mener une vie plus pépère
Et ne plus tirer la charrue… »
« Joue le malade, ne mange plus. »
Lui répond alors la commère.
Et le bovin suit le conseil…
Le croquant, le croyant souffrant,
Harnache alors incontinent
Le bétail aux longues oreilles
Et le fait trimer sur le champ
Tant et si bien que notre mule
Se retrouve sur les rotules,
Exténuée, rompue, vidée.
Revenant au soir à l’étable
Elle déclare au bovidé :
« Notre bon maître a décidé
De te convoquer à sa table.
Remets-toi très vite au boulot
Car il affûte ses couteaux. »
Voilà l’autre aussitôt sur pied
Prêt à reprendre son métier.

Quoi qu’on dise, les conseilleurs
Peuvent se retrouver payeurs !

Auteur : FGC


  • Fable de Val le Fabuliste :

Langue morte

Des Fables, de leurs clamées morales,
Jamais que les Animaux les annone
Personne ne s’en étonne,
Trouvant là qu’ils parlent chose bien normale ;
Le Poète Babrius témoigna même d’un âge d’or
Où Bêtes et Hommes
Echangeaient de manière civile et bonhomme…
… Quid alors qu’on en ait perdu le trésor ?

Croyez-le on en dû, du fin mot,
A un Bœuf un peu lourdaud
Plaignant son sort et ses corvées
A un oisif Baudet :
« Moi qui suis docile
A tout je suis servile
Quand toi qui a fichu caractère
A tout est réfractaire !
Pourtant à moi la charrue pour les labours
Mais à toi les caresses et des enfants l’amour ! »
Notre Mule, aussitôt de se faire butée conseillère :
« Et bien à l’aube, bâté d’en prendre mon air… »
On en resta là
Mais le Paysan avait ouï de son bétail les voix ;
Ainsi au premier Soleil levé
De mettre harnais sur notre Mulet
Pour le conduire aux travaux des champs !
A l’écurie, le soir revenu,
Notre Âne le dos fourbu
(Tout le jour sa vengeance ruminant)
De changer de discours
Au Bovidé bien balourd :
« Mon ami, j’en suis désolé,
Mais à tes tâches ayant davantage satisfait,
Demain notre éleveur ira au marché
Vendre ta viande, se faisant boucher ! »
Evidemment, par peur,
Le colosse se remit doublement au labeur…
… Sans en dédouaner son traître
D’être désormais monté par leur fourbe maître ;
Ainsi fâchés, l’un n’ayant plus que beuglement
A l’autre lui renvoyant braiment,
Entre leurs espèces et de tout le règne animal
On ne conversa plus, craignant mal,
Entendu et rapporté par cette histoire !
Et, on l’a dit, faut-il croire
Qu’aux Humains on leur prêta encore moins foi,
Leur restant depuis coi…

Parler à bâton rompu
Fait souvent de le tendre
Pour, à trop se répandre,
En être avec, battu !

Auteur : Val
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L'Âne qui conseillait le Boeuf

Un âne, gras et gros, n'ayant rien d'autre à faire
Que manger et dormir, à la rigueur de braire,
Partageait le logis, au fond de l'écurie,
D'un boeuf, pareillement bien gras et bien nourri.
Seulement le baudet paressait à l'étable
Tandis que le boeuf, lui, taillable et corvéable,
Labourait chaque jour les champs,
Attelé sous un joug pesant.
Un soir qu'il regagnait en boîtant sa litière,
Geignant qu'il s'en allait vers son heure dernière,
L'âne, levant le nez de son bon picotin,
Lui dit : " Mon cher ami, vous n'êtes pas malin !
Arrêtez de manger ! Laissez là le fourrage.
Ne mangez rien du tout même dans votre herbage.
Le maître, en vous voyant un si pauvre appétit
Vous laissera en paix. Vous resterez au lit !"
"Mon Dieu ! cria le boeuf. Voyez comme il est beau
D'échanger ma vigueur contre un peu de cerveau !
Votre conseil est bon
Je vous en remercie
Mon cher Aliboron,
Demain je m'anémie !"
Ainsi le lendemain le fermier
Laissa le boeuf dolent, l'âne pour infirmier.
Mais ce jour-là, le jour suivant,
Plus de travail dans les champs !
Le fermier, peu après, toute vergogne bue,
Attela le baudet à la grosse charrue !
Qaund il rentra le soir, fourbu, clopin-clopant,
Notre âne dit au boeuf tout bas en soupirant :
" Le maître a bavardé tout haut en ma présence.
Il disait qu'il avait regret de ton absence,
Mais que, si ta santé le laissait sans espoir,
Il devrait t'amener bientôt à l'abattoir !"
A ces mots, notre boeuf, affamé comme un diable,
Dévora dans l'instant tout le foin de l'étable !!

Défiez-vous des gens, retors, mais sans esprit,
Qui s'en vont conseillant, à n'importe quel prix !
Leurs conseils sont souvent bourdes pusillanimes.
Eux-mêmes quelquefois sont leurs propres victimes !

Fable de Alain Gurly 09 Mars 2013

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