Joute IV

Joute : Fable de fond et forme libre - Sujet : "À chacun ses vers" (Proposée par Pierre Simard)

Fabulistes ayant participé : Pierre Simard - Val - David-Claude - Gurly - FGC - Pistil -

Le Rouge-gorge et le Poète

Chacun devant leur jardin de vers,
un rouge-gorge et un poète, tous deux en appétit,
attendaient que se pointent au rendez-vous
ceux qui mettaient du soleil dans leur vie.
La terre nourricière s’étant desséchée
et l’eau de la rivière évaporée,
l’attente s’avéra longue et austère.
Contre le vide, que peut-on faire ?
Quant à la saison morte succéda une plus fertile,
les vers se présentèrent nombreux et serviles,
la nature avait refait ses forces précaires.
Voilà que se présentèrent, tels de vieux amis,
des vers nouveaux qui s’offrirent sans compter;
l’heure de l’abondante récolte venait de sonner.
Patience, tel est le mot d’ordre des scribouillards,
les mots viennent à qui sait les attendre malgré le brouillard.

Fable de Pierre Simard


Queue de Poisson

Quand se rencontrent des Fabulistes
Il n’est pas rare, bien vite,
Que quelques joutes écrites
Soient lancées pour, en équilibristes
De la rime, jauger en leur art
Qui en fabule la plus belle histoire…


Voilà jeu un peu puéril
Mais ici pris au sérieux
Par l’un d’entre-eux
Qui en Fabulaire bibliophile
Conservait à cet effet de merveilleux vers,
Pour certains presque sous verre
Tels d’enviés joyaux :
Et comme le thème au défi de mots
Fut de l’en-tête au pied mesurer,
Aussitôt de s’y référer…

Mais alors quelle déconfiture
Quand, des enluminures
Jusqu’à la couverture,
Les Fabliers s’effondrèrent en rognures
Mangés par les Vers
Et quelques Poissons d’argent,
Déjà déguerpissant
Loin de toute lumière,
Laissant là des Fables leur faim
Non sans, de notre Auteur prétentieux
Et son récit, d’une même queue
En conclure des plus drôlement la fin !

  • Auteur : Val (Commentaires du texte : Ici)

La Mésange et le Moineau

En cet instant, une mésange trouve une carcasse ;
Quelques asticots y rampent encore.
Elle patiente un peu, refait une passe,
Se pose et, un à un, les picore.
Alerte, elle voit au loin une nuée d’oiseaux.
« Fichtre ! s’exclame-t-elle, maudits moineaux ! »
A peine l’a-t-elle dit que, de la troupe,
Se détachent trois piafs : l’un d’eux, sur la croupe
Du mort se campe ; les autres se postent sur un arbre.
N’étant pas d’une nature aimable,
La mésange reste de marbre
Devant leur état pitoyable
Et, sous leurs regards malheureux,
En vorace, elle gobe les vers juteux.
« Vous auriez pu être charitable
Et partager quelques mets de votre table,
Même seulement avec mes petits
Que vous voyez fort amaigris
En ce début d’automne !
N’est-ce pas là l’une des règles de la faune ?
– M’imaginez-vous oiseau asservi
Comme ceux gardés par les hommes ? fait la mésange.
Non ! Premier arrivé, premier servi !
Je trouve donc je mange,
Même si cela vous dérange. »
Sur ces mots, le passereau avaricieux
Reprend la route des cieux.
Maintenant, la neige s’est installée et force
Les oiseaux à se cloîtrer dans le houx
Ou sous les toits, et l’on s’efforce
Sans succès à trouver à manger. Un redoux,
Pourtant, étonne cette nature en souffrance
Et lui accorde une courte espérance.
Ainsi, père et fils moineaux
Découvrent en ce renouveau
Quelques monticules dégelés de terreau,
Garnis de vermisseaux.
La mésange radine
Apparaît, montre sa trombine.
Tandis que les trois oiseaux gobent à la chaîne,
Elle s’avance pour manger, toujours hautaine,
Comme si elle eût été reine de ce domaine.
Mais les moineaux, emplis de haine,
Ne la laissent pas faire : le père la pique
Avec son bec, les fils empêchent son envol.
« Vous m’attaquez, moi si faible et famélique,
Pourquoi ? dit-elle. Je ne commets aucun vol !
C’est à tous, c’est la loi. »
On lui rappelle ses mots, son chacun pour soi.
Elle feint l’ignorance,
Réclame la clémence.
Le père moineau, comme donnant sa sentence,
Répète à la mésange sa malveillance.
« A l’été de la Saint-Martin,
N’est-ce point ce que vous me disiez ?
N’est-ce point les paroles que vous usiez
Pour nous laisser à un triste destin ?
Entendez cette leçon aujourd’hui
De la part de celui à qui vous avez nui.
Comme vous survécûtes aux autres hivers
Grâce à votre égoïste adage,
Je vous livre le mien : A chacun ses vers… »

Qui point ne partage,
Ne peut attendre des autres davantage !


Hommage à Rimbaud

Un Vers solitaire,
Dans un calepin,
Attend son compère,
Un très bon copain.
C’est un Vers à pieds,
Un Alexandrin,
Qui, clopant-clopin,
Est venu à pied
De Perlimpinpin.
C’est une odyssée !

Il vient se glisser
Sous la couverture
Du carnet d’Arthur.
C’est les retrouvailles
Pour les deux canailles
Qui vont s’embrasser,
D’un baiser intime,
En mêlant leurs rimes,
Tout deux enlacés.

Fable de François Grand-Clément


Le Renard et les Raisins

Raisin mur jugé trop vert
par Renard, c'est son travers
car seul pour qui perd, c'est vert.

Fable de Pistil


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