Jean Anouilh

Auteur : Biographie à retrouver sur Wikipédia entre-autre.

Jean Anouilh l’« Infabuliste » !

Soyons clair, à la table des Fabulistes, tout auteur y est invité… Mais s’il est un Affabulateur, qu’il ne s’étonne point d’y trouver sur les bancs plus habile à cet art que lui, et à ses dépens !
Mais d’abord voyons l’introduction du livre de Jean Anouilh intitulé, rien que cela « Fables » ! :

« Ces Fables ne sont que le plaisir d’un été. Je voudrais qu’on les lise aussi vite et aussi facilement que je les ai faites et, si on y prend un peu de plaisir – ajouté au mien – il justifiera amplement cette entreprise futile. »

Tout est dit !

Et bien, feu Monsieur Anouilh, il aurait fallu prendre plus qu’un été à rédiger ces Fables et pour y prendre – plaisir – y ajouter, à ce soi disant art mineur, un talent bien plus majeur !

Il n’y a pas de règles chez les Fabulistes mais quant on dit avoir rédigé des « Fables », il est une tradition à au moins honorer, ne serait-ce que dans le fond à défaut de la forme. Chacun est seul juge de ses lectures et en admettant même que le public les auraient aimé, il serait bien le seul ! (sic)

A cet aulne Monsieur Anouilh, et à la table des Fabulistes, vous serez peut-être servi mais ne comptez pas qu’on vous offre plus d’attention et même pas que l’on vous rende monnaie de votre « pièce » !
De grâce je citerai ici l’une de vos Fables (celle-là de tradition) mais n’en demandez pas plus… Et encore ce sera un prêté pour un rendu car à votre « Fablier » chacun y trouvera sinon morale au moins, à comparer ses œuvres avec les vôtres, espoir à être édité à son tour !


Le Chêne et le Roseau

Le chêne un jour dit au roseau :
« N'êtes-vous pas lassé d'écouter cette fable ?
La morale en est détestable;
Les hommes bien légers de l'apprendre aux marmots.
Plier, plier toujours, n'est-ce pas déjà trop
Le pli de l'humaine nature ? »
« Voire, dit le roseau, il ne fait pas trop beau ;
Le vent qui secoue vos ramures
(Si je puis en juger à niveau de roseau)
Pourrait vous prouver d'aventure,
Que nous autres, petites gens,
Si faibles, si chétifs, si humbles, si prudents,
Dont la petite vie est le souci constant,
Résistons pourtant mieux aux tempêtes du monde
Que certains orgueilleux qui s'imaginent grands. »
Le vent se lève sur ces mots, l'orage gronde.
Et le souffle profond qui dévaste les bois,
Tout comme la première fois,
Jette le chêne fier qui le narguait par terre.
« Hé bien, dit le roseau, le cyclone passé
- Il se tenait courbé par un reste de vent -
Qu'en dites-vous donc mon compère ?
(Il ne se fût jamais permis ce mot avant.)
Ce que j'avais prédit n'est-il pas arrivé ? »
On sentait dans sa voix sa haine
Satisfaite. Son morne regard allumé.
Le géant, qui souffrait, blessé,
De mille morts, de mille peines,
Eut un sourire triste et beau
Et, avant de mourir, regardant le roseau,
Lui dit : « Je suis encore un chêne ».


Jean Anouilh, Fables (1962)
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